Une nouvelle épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) suscite de vives inquiétudes chez les ONG belges. En peu de temps, l’épidémie s’est propagée dans l’est du pays et a désormais atteint l’Ouganda voisin. Ce qui rend cette flambée particulièrement préoccupante, c’est qu’elle est causée par la souche rare de Bundibugyo, pour laquelle il n’existe aujourd’hui aucun vaccin homologué ni traitement préventif spécifique.
Un contexte sanitaire alarmant
Selon les chiffres les plus récents, 1 708 infections et 580 décès ont déjà été enregistrés en RDC. En Ouganda, 20 infections et 2 décès ont été confirmés à ce jour. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime qu’environ 12,5 millions de personnes sont à risque dans la région, notamment en raison des flux transfrontaliers intenses entre la RDC, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et le Soudan du Sud.
L’épidémie frappe une région confrontée depuis des années à des conflits armés, à des déplacements massifs de populations et à la faiblesse des infrastructures sanitaires. Cette combinaison de facteurs rend le dépistage des infections et la prévention d’une propagation future particulièrement difficiles. En l’absence de vaccin contre cette variante du virus, la détection rapide, la prévention des infections et la sensibilisation de la population constituent actuellement les principaux leviers pour maîtriser l’épidémie.
La réponse concrète des OSC belges sur le terrain
Face à cette situation, les ONG belges ont immédiatement activé leurs mécanismes d’urgence. Aux côtés de leurs partenaires locaux, elles se concentrent principalement sur l’hygiène, l’accès à l’eau potable, la prévention des infections et le dépistage précoce des cas.
Dans la province de l’Ituri, Caritas International Belgique soutient l’installation de points de lavage des mains, la distribution de savon et de matériel de protection, ainsi que la formation du personnel de santé local dans 25 paroisses rurales et deux sites de déplacés internes. L’organisation a par ailleurs étendu sa réponse d’urgence au district frontalier de Nebbi, en Ouganda, afin de devancer la propagation du virus.
Oxfam Belgique déploie également des interventions d’envergure en Ituri et au Nord-Kivu. L’organisation investit dans l’accès à l’eau potable, distribue des kits d’hygiène et soutient les comités de vigilance locaux qui participent au suivi des cas suspects. De plus, Oxfam a renforcé les capacités de l’hôpital d’Oicha, une ville touchée dans la province du Nord-Kivu, en fournissant une tente d’isolement pour 100 patients et du matériel supplémentaire pour une prise en charge plus rapide des personnes infectées.
Au Nord-Kivu, Handicap International protège plus de 3 450 élèves et 63 enseignants en équipant huit écoles et deux centres communautaires en matériel d’hygiène et de protection. L’organisation veille en outre à ce que les campagnes d’information et les services de soins soient accessibles aux personnes en situation de handicap. Via sa division logistique, elle soutient également l’approvisionnement des organisations humanitaires dans la région.
Plan International Belgique concentre ses efforts sur la prévention dans les zones frontalières et l’accueil des réfugiés. Dans quatre districts frontaliers ougandais, l’organisation combine des initiatives en eau, assainissement et hygiène (WASH) avec des actions de protection de l’enfance. Une attention particulière est accordée aux mineurs non accompagnés ainsi qu’à la prévention des violences basées sur le genre.

Dans le Sud-Kivu, Vétérinaires Sans Frontières met en place des campagnes radio et soutient les centres de santé en matériel d’hygiène. L’organisation s’appuie sur son approche « One Health » (Une seule santé) menée conjointement avec Médecins du Monde et Humundi, qui appréhende conjointement la santé humaine, animale et environnementale. Grâce à un réseau d’agents communautaires de santé animale, l’organisation s’efforce de détecter précocement les risques sanitaires potentiels.
Médecins du Monde soutient les autorités sanitaires du Nord et du Sud-Kivu dans la prévention et la lutte contre Ebola. L’organisation renforce les centres de soins par des formations ainsi que par la fourniture de matériel d’hygiène et de protection, et sensibilise la population aux risques, aux symptômes et aux mesures de prévention par le biais des agents de santé locaux.
La Croix-Rouge de Belgique soutient elle aussi les équipes de la Croix-Rouge congolaise à Bunia, l’épicentre de l’épidémie. Les volontaires sont mobilisés pour assurer des sépultures dignes et sécurisées, une mesure cruciale puisque les transmissions ont souvent lieu lors des cérémonies funéraires. En parallèle, ils informent les communautés sur les risques de contagion, luttent contre la désinformation et offrent un soutien psychosocial aux familles touchées. Mardi soir, un convoi humanitaire de la Fédération internationale de la Croix-Rouge (FICR) a également décollé de l’aéroport de Liège à destination de la RDC pour l’aider à lutter contre l’épidémie en cours. Ce convoi est composé de 18 véhicules, dont 5 sont spécifiquement équipés pour le transport sécurisé des dépouilles. Outre les véhicules, la Croix-Rouge fournit du matériel de protection aux 275 volontaires déployés en RDC pour lutter contre le virus.
Perspectives : Sortir de la gestion de crise
Malgré cette mobilisation rapide, les organisations humanitaires avertissent que l’aide d’urgence seule ne suffira pas. La crise actuelle met une nouvelle fois à nu la vulnérabilité chronique des systèmes de santé dans la région. De plus, un grave déficit de financement menace la riposte : alors que le coût de la lutte contre l’épidémie est estimé à 10 millions d’euros, seuls 1,2 million d’euros sont actuellement disponibles.
« Cette épidémie montre une fois de plus que la communauté internationale doit investir davantage dans la prévention et dans des systèmes de santé locaux robustes » alertent plusieurs organisations actives dans la région. « Sans investissements durables, ces pays resteront systématiquement confrontés aux mêmes crises sanitaires. »
C’est pourquoi les ONG belges, Enabel et le SPF Affaires étrangères collaborent au sein de l’espace de concertation Team Belgium afin de mieux coordonner la réponse. Les organisations espèrent que la crise actuelle débouchera non seulement sur une aide d’urgence accrue, mais aussi sur un regain de considération pour la solidarité internationale et les investissements à long terme dans la coopération au développement. Grâce à des investissements plus structurels dans la santé et la prévention à long terme, les pays pourront non seulement mieux réagir aux crises sanitaires aiguës, mais aussi renforcer leur résilience à long terme.